Barcus en anecdotes par Joel Larroque

Episode 1 : Les écoles de Barcus

1. Des origines à la Révolution : L’Ère des Errejents

L’actualité du printemps 2026 marque un tournant majeur pour la commune de Barcus : le vote du projet de rénovation d’un million d’euros pour l’école du bourg offre une occasion rêvée de plonger dans les riches archives locales et de retracer plus de deux siècles d’histoire scolaire. Originairement, le terme grec skholē désignait le temps libre ou le loisir. Pourtant, apprendre à lire, écrire et compter dans les vallées souletines relevait d’un véritable travail d’émancipation. Sous l’Ancien Régime, l’enseignement était confié au régent paroissial (errejenta). Fait culturel remarquable en Soule, ces régents, à l’instar de Pierre Lahore d’Eyharche en 1777 ou de Pierre Gorostibar en 1818, étaient très souvent les auteurs et metteurs en scène de pastorales. Parmi les figures emblématiques de cette époque figure Jean Constantin (1724-1808), instituteur dès 1780 et agent communal (maire) sous la Révolution, qui enseigna jusqu’à sa mort à l’âge de 84 ans. On pense également au célèbre poète-bertsolari Etxahun (Pierre Topet, 1786-1862) qui, devenu instituteur à Sainte-Engrâce à la fin de sa vie, enseignait la lecture en basque et le chant aux enfants au bord du ruisseau d’Ibarrondo.

2. Le XIXe Siècle : le réseau des écoles

Au XIXe siècle, face au relief vallonné de la région, la municipalité décide dès 1796 (An IV) de créer sept écoles de quartier dispersées au Bourg, à La Magdeleine, Gastellondo, Paradis ou Roquiague, fréquemment hébergées chez des habitants comme le laboureur Jean Cherbero ou Augustin Egurbide. L’innovation se poursuit en 1830 avec l’ouverture pionnière d’une école de filles au bourg, tenue par Mlle Marianne Binos alors âgée de 22 ans, devançant de plusieurs décennies les lois nationales. Entre 1854 et 1888, l’arrivée des Servantes de Marie d’Anglet marque une nouvelle étape : elles prennent en charge l’école libre de filles, puis l’école communale dotée d’un pensionnat et d’un ouvroir de couture, dont le savoir-faire sera d’ailleurs récompensé par une médaille d’or à l’Exposition des Arts et Métiers de Bayonne en 1939.

3. La IIIe République et le soutien des « Amerikanoak »

Sous la Troisième République, la construction de la grande école centenaire voit le jour grâce à la générosité exceptionnelle des émigrés « Amerikanoak ». C’est notamment Jean Cinto, enfant du pays parti faire fortune en Argentine et à Montevideo, qui fait un don décisif de plus de 12 500 francs à sa commune natale. Grâce à cette contribution, le terrain Jaureguiberria est acquis et le bâtiment central actuel est édifié en 1891-1892 par l’entrepreneur Ourdouxet, sous la houlette de l’instituteur Germain Touan qui y forme des générations d’écoliers de 1882 à plus de 1907. L’organisation évolue ensuite en 1905 avec l’unification des classes spéciales en écoles mixtes par niveau.

4. La Vie des Écoles de Hameaux : Larraja, Gastellondo et La Chapelle

En parallèle, les hameaux développent leur propre vie scolaire au fil des décennies. L’école de Larraja, installée chez Laberrondo dès 1888 puis construite en dur en 1932-1933, accueille les élèves jusqu’en juin 1985. À Gastellondo, le bâtiment érigé en 1932 fait vivre le quartier pendant 57 ans jusqu’à sa fermeture en septembre 1989, avant d’être reconverti aujourd’hui en Gîte Eskola Etxea. Quant à l’école de La Chapelle, animée par son préau-jeu de rebot, elle reste active jusqu’à la mise en place du Regroupement Pédagogique Intercommunal (RPI) en septembre 1989.

5. XXIe Siècle : Engagements citoyens et modernisation

À l’aube du XXIe siècle, l’école devient le cœur de vives mobilisations citoyennes pour la préservation des services publics et de la culture locale. Les manifestations emblématiques de 2010 et de février 2016 — où plus de 200 personnes et un cortège de 15 tracteurs défilent devant la sous-préfecture d’Oloron — témoignent de la détermination farouche des Barkoxetars à conserver leurs postes bilingues français/Euskara. Aujourd’hui, grâce au projet de rénovation d’un million d’euros porté par la municipalité, le bâtiment centenaire aborde l’avenir réaménagé et modernisé, tandis que l’ancien presbytère, transformé en espace socioculturel (Barkoxe Bizi), continue de faire vibrer la création artistique locale.

Défiler vers le haut